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Laboratoire d'autonomie émotionnelle

des ateliers bienveillants et bientraitants pour renforcer sa liberté d’être

Texte inspiré par l’article d’Yves Demoulin, psychopédagogue qui dénonce l'instrumentalisation de la bienveillance.


Selon l'auteur, il y a des mots qui s’abîment à force d’être répétés. Bienveillance est de ceux là. On la voit fleurir partout : dans les écoles, les entreprises, les cercles de développement personnel. On l’affiche sur des posters, on la met dans des chartes, on en fait un argument de communication. Et, parfois, on s’en sert aussi pour demander aux gens de se taire, de ne pas déranger, de « rester positifs » même quand ça ne va pas.


Je ne me reconnais pas dans cette "bienveillance-vernis". Pourtant, je continue à utiliser ce mot.


Alors j’ai besoin de dire ce que bienveillance signifie dans les ateliers de Des Roses et Merveilles, et en quoi cela rejoint une démarche de bientraitance telle qu’elle est aujourd’hui travaillée dans le médico social : une façon de prendre soin qui se centre sur ce que vit la personne, sur ses choix, ses besoins, et aussi ses refus.


La bienveillance commence envers soi

Dans nos ateliers, la bienveillance n’est pas d’abord une manière d’être « gentille » avec les autres ; c’est une manière d’être avec soi.

Concrètement, cela veut dire :

  • Je peux arriver en me pensant « pas artiste », « mauvais rédacteur », maladroit avec les mots ou les dessins.

  • Je peux arriver avec des émotions difficiles, confuses, inconfortables, que je n’ose pas toujours déposer ailleurs.

  • Et malgré cela, je m’accorde le droit d’être là, comme je suis, sans me traiter de nul·le, sans me forcer à être à la hauteur d’une image parfaite.

Le Journal Créatif® devient alors un espace où l’on apprend à se parler autrement. On ne cherche pas à faire « beau » ou « réussi », on cherche à être vrai.


La bienveillance, ici, c’est d’abord cette décision de rester doux avec soi dans l’imperfection, dans l’inachevé, dans le « je ne sais pas ».


Nous sommes égaux dans l’expérience

Ici, la posture d’animatrice n’est pas une posture de surplomb. Je n’arrive pas en sachant « ce qui est bon pour vous ».

Je viens avec une boîte à outils, une expérience, un cadre, mais je viens aussi avec ma propre humanité : mes doutes, mes limites, mon histoire. Dans l’atelier, je ne suis pas au dessus ; je suis à côté. Nous sommes égaux dans l’expérience.

Pour le participant, cela change beaucoup de choses :

  • Personne n’est obligé de se confier ni de montrer ce qui est dans son journal.

  • Chacun reste libre de dire « non », de ne pas aller là où il ne se sent pas prêt.

  • Je n’interprète pas ce qui est créé, je n’« analyse » pas la personne ; j’écoute, je réponds seulement s’il y a une demande, une attente explicite.

C’est exactement cet esprit que l’on retrouve dans la notion de bientraitance : une «manière d’être, d’agir et de dire soucieuse de l’autre, réactive à ses besoins, respectueuse de ses choix et de ses refus ». Dans mes ateliers, cette définition n’est pas un slogan, c’est un engagement concret.


Un cadre qui accueille aussi l’inconfort

Je ne propose pas des ateliers pour rendre tout le monde calme, lisse et « positif ». La vie intérieure ne ressemble pas à une carte postale. Elle connaît la colère, la tristesse, la peur, la honte, la fatigue, la résistance.


Dans les ateliers de Des Roses et Merveilles :

  • Ces émotions ont le droit d’exister sur la page, sans qu’on les corrige, sans qu’on les recouvre d’un sourire forcé.

  • On ne met pas du miel sur ce qui fait mal ; on lui offre un lieu pour se dire en sécurité, avec des outils créatifs qui permettent de prendre un peu de distance. Vient la transformation, après l'expression, l'accueil, la reconnaissance de ce qui est présent.

  • Mon rôle n’est pas de nier le conflit intérieur : quand il se manifeste, c’est souvent le signe que la personne voit plus clair. L’atelier offre un espace pour l’accueillir et le traverser, pas pour le recouvrir.


La bientraitance, telle qu’elle est définie aujourd’hui, insiste justement sur la nécessité d’une culture commune qui veille à la qualité du lien, à la prévention des situations de maltraitance, mais aussi à l’écoute réelle de ce que les personnes vivent. C’est dans ce sens que je travaille : accueillir la vérité de ce qui se passe, plutôt que demander à chacun d’être « bien » pour rassurer l’extérieur.


Ce que je ne fais pas

Pour rassurer celles et ceux qui découvrent mon travail (participants, structures partenaires, institutions), il me semble important de dire aussi ce que je ne fais pas :

  • Je ne promets pas de « transformer » quelqu’un malgré lui. Le changement, s’il y en a, se fait au rythme de la personne, jamais par injonction.

  • Je ne cherche pas à obtenir des confidences ni à provoquer des débordements émotionnels ; je respecte les défenses comme des protections utiles.

  • Je ne pose pas de diagnostic, je ne remplace pas une prise en charge psychologique ou médicale quand elle est nécessaire. Je peux, au contraire, encourager à se tourner vers ces ressources si je sens que c’est important.

  • Je ne confonds pas « bienveillance » et « éviter le conflit à tout prix ». Dire non, poser un cadre, recadrer une attitude qui blesse le groupe peuvent être des gestes profondément bientraitants.


Pour les structures partenaires

Pour les écoles, associations, collectivités, entreprises qui envisagent une collaboration avec Des Roses et Merveilles, ma posture s’inscrit dans une logique qui rejoint les repères de la bientraitance et de la promotion de la santé :

  • Respect de la confidentialité et du cadre défini ensemble.

  • Adaptation des propositions au public, à l’âge, à l’histoire et aux contraintes de la structure.

  • Travail en partenariat : je ne viens pas « appliquer une méthode », je co construis le dispositif avec vous.

  • Attention constante à ce que vivent les participants, avec possibilité d’ajustement, de feedback, et d’affiner au fil du temps le cadre et les thématiques, sans chercher des « objectifs » thérapeutiques.


Mon ambition n’est pas d’ajouter une couche de « bienveillance obligatoire » dans des organisations déjà sous tension. Mon ambition est d’ouvrir des espaces où les personnes peuvent, un temps, se rencontrer elles mêmes autrement : avec un regard plus doux, plus lucide, plus juste.


C’est dans ce sens que je m’appuie sur des réflexions critiques comme celles d’Yves Demoulin (sur la bienveillance instrumentalisée) et sur les travaux institutionnels autour de la bientraitance : non pour les contredire, mais pour préciser ma place.

Je ne cherche ni à édulcorer le réel, ni à imposer une norme de plus.


C’est ainsi qu’en tant que fondatrice de l’association, je souhaite que les ateliers soient animés : ceux d’aujourd’hui, et ceux de demain par une équipe au diapason de cette posture.


Je propose un lieu où la vérité intérieure peut se dire, se dessiner, s’écrire – avec soin, avec respect, avec humanité.




 
 
 

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